CHAPITRE DOUZE
Qwilleran fit les cent pas dans son appartement. Rosemary avait offert de rester un moment avec lui, mais il avait refusé.
— Seigneur ! Le service sanitaire ! dit-il, en se frappant le front avec la paume de ses mains. Il ne me reste même pas une chance de… J’aurais pu au moins les enterrer avec un peu de dignité.
Il s’arrêta en prenant conscience qu’il parlait tout seul. Il avait l’habitude d’un auditoire. Les chats étaient de si attentifs compagnons, toujours prêts à lui apporter des encouragements, des distractions ou à le laisser méditer seul, selon son humeur qu’ils étaient toujours capables de deviner. Et maintenant, ils avaient disparus. Il n’arrivait pas à accepter cette idée.
— Le service sanitaire, dit-il encore, en grognant.
À présent il se rappelait que Koko ne voulait pas qu’il s’en aille. Le chat avait peut-être eu l’intuition du danger. Cette pensée assombrit un peu plus Qwilleran. Les poings serrés, le front couvert de sueur, il était prêt à tordre le cou à la brute qui avait tué ces deux créatures innocentes. Mais qui pouvait-il accuser ? Et comment prouver quoi que ce soit ? Sans les deux petits corps, il ne pourrait jamais démontrer qu’ils avaient été victimes d’un empoisonnement. Pourtant, quelqu’un avait dû s’introduire dans son appartement pendant son absence. Qui ? Les seuls locataires durant le week-end, en dehors de Mrs Marron, étaient Max Sorrel, Charlotte Roop, Hixie et Dan Graham. Et peut-être William, s’il était de retour.
Qwilleran ramassa l’assiette vide des chats et la sentit. Il trempa le doigt dans le bol d’eau et le goûta. Il ne décela aucune odeur ou aucun goût particulier.
Il entendit des pas dans l’escalier. Ce devait être Maus qui revenait de son week-end à Miami. Qwilleran ouvrit la porte pour aller au-devant de son propriétaire. Ce n’était pas Maus, mais Max Sorrel.
— Qu’avez-vous, mon vieux ? dit le restaurateur, vous paraissez malade.
— Avez-vous appris ce qui est arrivé à mes chats ? demanda Qwilleran. Je me suis absenté hier soir. Ils sont tombés malades et ils sont morts. C’est du moins l’histoire qui m’a été racontée.
— Quel malheur ! Je sais combien vous étiez attaché à ces deux petits diables.
— Je vais vous dire une bonne chose. L'explication qui m’a été fournie ne me satisfait pas du tout. Je crois qu’ils ont été empoisonnés et celui qui a fait ça va le regretter.
Sorrel secoua la tête :
— Décidément, on dirait qu’il y a un maléfice sur cette maison. D’abord la gouvernante, puis cette histoire…
— Que voulez-vous dire ? Qu’est-il arrivé à Mrs Marron ?
— Une véritable tragédie. Son petit-fils était venu lui rendre visite… un petit gosse pas plus haut que trois pommes, et il est tombé dans la rivière. Une planche pourrie sur l’embarcadère, je crois… On a pensé… écoutez, Qwilleran, vous avez besoin d’un verre, venez, je vais vous offrir un whisky.
— Non merci, dit Qwilleran, il faut que je m’en sorte tout seul, à ma façon.
Il retourna dans son appartement qui lui parut bien vide. Il allait déménager. Dès demain. Il irait à l’hôtel. Il nota ce dont il n’aurait plus besoin : le harnais bleu, la laisse qui pendait sur le dos d’un fauteuil, la brosse qu’il avait achetée pour les chats et dont il avait oublié de se servir, le plat des chats avec la litière nettement entassée d’un côté. Ils avaient été si méticuleux dans leur comportement ! Qwilleran en avait les larmes aux yeux.
Sachant qu’il ne pourrait dormir, il s’assit devant sa machine à écrire pour rédiger un article. Un requiem à ses deux amis perdus. L’écrire soulagerait son chagrin. Le moment était venu de révéler au public les remarquables qualités de Koko. Il avait résolu trois mystères dans des cas d’homicide. C’était probablement le seul chat du pays qui possédait une carte de presse, signée par le chef de la police. Qwilleran posa les mains sur le clavier et se demanda comment débuter, alors qu’un océan de mots lui venait à l’esprit et qu’aucun ne convenait. Son regard tomba sur la feuille de papier engagée dans la machine. Il y avait deux lettres tapées B E. Le journaliste sentit un frémissement à la racine de ses moustaches : Bœuf Empoisonné !
Au même instant, il entendit une sorte d’appel lointain. Il écouta. On aurait dit un cri d’enfant. Il pensa au petit garçon qui s’était noyé et haussa les épaules. Le cri se répéta, plus fort et dans l’obscurité, derrière la fenêtre, une forme pâle se dessina. Qwilleran se frotta les yeux avec incrédulité. Il y eut un grattement impérieux derrière la vitre :
— Koko ! cria-t-il, en ouvrant la fenêtre.
Le chat sauta à l’intérieur, suivi de Yom Yom. Tous deux fermèrent les yeux, éblouis par la lumière de la lampe. Ils ne montrèrent aucun signe de bienvenue, mais trottèrent vers la cuisine, à la recherche de leur assiette. Ils se mirent à boire avec avidité.
— Vous êtes affamés, dit Qwilleran. Depuis combien de temps êtes-vous dehors ? Le service sanitaire ! L’imagination de cette femme ne connaît pas de bornes ! Elle a eu la berlue !
Il se hâta d’ouvrir une boîte de saumon et les regarda la dévorer. Il remarqua qu’il n’y avait aucun protocole, pour une fois, ce respect de la femelle devant le mâle. Yom Yom se jeta sur sa part, sans que Koko protestât.
Qwilleran se laissa tomber dans son fauteuil. Il se sentait épuisé. Les chats terminèrent leur repas, se léchèrent et sautèrent ensemble sur ses genoux – ce qu’ils n’avaient jamais fait jusque-là. Leurs pattes étaient froides. Ils rampèrent sur la poitrine de Qwilleran et s’allongèrent sur le ventre, côte à côte, en le regardant. Leurs yeux paraissaient plus grands et remplis d’anxiété. Il les serra tous les deux contre lui, en pressant Yom Yom un peu plus fort parce qu’il se souvenait que sa première réaction à la mauvaise nouvelle avait été de s’inquiéter surtout pour Koko. Il se le reprochait maintenant. Une odeur particulière émanait des chats. Il flaira leur fourrure. Elle sentait la terre mouillée. Au bout d’un moment, ils se réchauffèrent et se sentirent assez satisfaits pour se mettre à ronronner, avant de finir par s’endormir sur la poitrine de Qwilleran. Lui-même s’assoupit, sans même s’en rendre compte.
Il se réveilla au lever du jour, les chats étaient allés se coucher sur un autre fauteuil. Les événements de la veille n’avaient pas été un cauchemar, mais, en prenant une douche chaude, il se souvint des plaisirs du week-end aussi bien que du choc qui l’attendait à son arrivée.
En descendant prendre son petit déjeuner, il glissa un mot sous la porte de Rosemary :
Fausse alerte ! Les chats sont rentrés. Ils s’étaient sauvés. Mrs M. est folle !
Dans la cuisine, il ne trouva que Hixie qui se préparait des œufs brouillés :
— Avez-vous appris la nouvelle, dit-elle, avec allégresse. Mickey Maus est à Cuba. Son avion a été détourné et Mrs Marron nous a quittés, aussi sommes-nous livrés à nous-mêmes, ce matin.
— Elle a abandonné sa place ?
— Elle a laissé un mot sur la table de la cuisine, disant qu’elle ne pouvait rester après ce qui s’était passé pendant le week-end. Comprenez-vous ce qu’elle veut dire ?
— Je ne sais pas exactement ce qui est arrivé, elle m’a raconté une histoire à dormir debout, l’ignore pourquoi, mais elle m’a déclaré que les chats avaient été malades et qu’ils étaient morts. En fait, ils étaient sortis par la fenêtre et ils sont rentrés cette nuit.
— Eh bien, maintenant que j’y pense, elle s’est comportée bizarrement hier, dit Hixie, pourquoi diable vous a-t-elle raconté qu’ils étaient morts ?
— Savez-vous comment la joindre ? Je voudrais lui dire de revenir.
— Elle a une fille mariée qui habite en ville. Oh ! Seigneur ! Quel week-end nous avons eu ! Hier, Mickey Maus n’était pas en ville. Une délégation du club de tennis est venue se plaindre. William n’est pas rentré. Max travaillait, Charlotte avait le cafard et restait cloîtrée chez elle, de sorte qu’il ne restait que moi pour faire face à la situation, comme si je n’avais pas assez de mes propres problèmes. Voulez-vous des œufs brouillés ?
Après le petit déjeuner, Qwilleran téléphona à la fille de Mrs Marron.
— Dites-lui que tout va bien. Dites-lui que les chats sont revenus. Demandez-lui de venir me parler au téléphone.
Après un long moment, Mrs Marron vint répondre, en reniflant :
— Ne vous inquiétez plus de rien, lui dit Qwilleran, il n’y a pas eu grand mal, sauf que vous m’avez donné une belle émotion. Les chats se sont apparemment sauvés par la fenêtre. L’avez-vous ouverte en faisant le ménage ?
— Juste un instant pour secouer le chiffon. Ils étaient endormis sur le coussin bleu. Je les ai vus.
— Peut-être avez-vous mal refermé la fenêtre. Koko est un expert pour ouvrir portes et fenêtres, mais pourquoi diable avez-vous inventé cette histoire de service sanitaire ?
Mrs Marron se contenta de renifler, en silence.
— Je ne suis pas fâché, Mrs Marron, je voudrais seulement comprendre.
— Eh bien, quand je suis allée leur porter à manger dimanche matin, je ne les ai trouvés nulle part… J’ai pensé qu’ils avaient été enlevés. Vous savez ce que raconte toujours Mr Graham.
— Mais pourquoi m’avez-vous dit qu’ils étaient morts ?
— J’ai pensé… j’ai pensé qu’il valait mieux que vous les croyiez morts plutôt que de ne pas savoir.
Elle se remit à pleurer :
— Le petit Nickey, mon petit-fils… lorsqu’il a disparu, ils s’est passé quinze jours, avant que nous le retrouvions et c’est terrible de ne pas savoir.
Avec douceur, Qwilleran répondit :
— Il faut revenir, Mr Marron. Nous avons tous besoin de vous. Je vous en prie, revenez.
— Le pensez-vous sincèrement ?
— Bien sûr. Venez vite, avant le retour de Mr Haus et nous ne soufflerons mot de cet incident à personne.
Avant de partir pour le bureau, Qwilleran brossa les chats avec la brosse neuve. Koko prit un plaisir manifeste à l’opération, redressant son dos, tendant le cou avec des appréciations gutturales, puis il se laissa tomber sur le côté pour offrir son ventre en agitant les pattes.
— Tu as un fameux crawl, dit Qwilleran, nous pourrions t’inscrire pour les prochains jeux olympiques.
Cependant, il dut poursuivre Yom Yom pendant cinq minutes à travers l’appartement, avant de la soumettre au brossage qu’elle apprécia pourtant visiblement.
— Typiquement féminin, murmura Qwilleran qui soufflait fort, après cette poursuite.
Leur fourrure avait toujours cette odeur persistante. N’était-ce pas de l’argile ? Étaient-ils entrés dans l’atelier de Dan Graham ? Ils avaient pu sortir par la fenêtre, longer la gouttière et se glisser par une ouverture. Ensuite, Mrs Marron, en venant leur apporter à manger, avait pu refermer la fenêtre, les empêchant ainsi de rentrer. Étaient-ils partis à la chasse aux pigeons ? Ou bien Koko avait-il une raison particulière d’aller dans la poterie ? Qwilleran éprouva un frémissement à la racine de ses moustaches.
Il ouvrit la fenêtre pour inspecter le bord, tira même la table pour grimper dessus et se pencha sur l’appui, afin d’examiner l’entière longueur de la corniche qui passait sous la haute fenêtre du séchoir. Au-dessus, il y avait une large baie vitrée qui était probablement celle de l’appartement des Graham. Quand il voulut retourner dans l’appartement, il s’aperçut qu’il s’était penché plus qu’il ne l’aurait dû et qu’il n’arrivait plus à reprendre son équilibre. Il battit désespérément des jambes, la moitié du corps, dans le vide. Koko parut fasciné par ce spectacle et sauta sur la table en se mettant à miauler.
— Inutile de crier comme ça, va plutôt chercher de l’aide ! hurla Qwilleran, par-dessus son épaule.
Mais Koko se contenta de venir miauler plus près.
— Que faites-vous là ? demanda une voix féminine, venant d’en bas.
C’était Hixie qui se rendait au garage.
— Je n’arrive pas à reprendre mon équilibre, bon sang, vous le voyez bien, faites quelque chose, venez me donner un coup de main !
Il continua à se maintenir sur l’appui pendant qu’Hixie courait pour monter jusqu’à l’appartement N°6, après avoir pris la clé dans la cuisine. Au bout de quelques minutes, durant lesquelles Hixie tira, poussa, et aida Qwilleran du geste et de la voix, sous les encouragements des deux chats, Qwilleran parvint à se déloger de cette position inconfortable et à regagner son appartement.
— Aimeriez-vous venir à une réunion avec moi, demain soir ? demanda-t-elle. C’est le dîner des Gras-Amicaux, rien de personnel, naturellement.
Qwilleran bredouilla qu’il allait réfléchir.
— Ainsi, c’est là ce fameux siamois, dit-elle, avant de sortir : Bonjour, Koko !
— Yaeioux, répondit Koko, en français.
Qwilleran se rendit au journal pour écrire un article de routine sur le concours de pâtisserie pour la deuxième édition et pour avoir confirmation de l’envoi d’un photographe. L’avis était affiché sur le tableau et indiquait que le rendez-vous était fixé à cinq heures pour Odd Bunsen. Qwilleran téléphona à Dan Graham, afin de le prévenir.
— Splendide ! C’est
super, dit Dan, je ne pensais pas que vous réussiriez. C’est très
chouette de votre part. Je vous avoue que l’apprécie votre aide.
J’aimerais vous prouver ma reconnaissance. Aimez-vous le
bourbon ? Que boit votre photographe ?
— Ne vous excitez pas. Ce n’est pas encore du tout cuit et le reportage ne sera peut-être pas publié. Tout ce que je peux vous promettre, c’est que les photographies seront prises et qu’un article sera écrit, pour le reste, priez le ciel ! Au lait, ajouta-t-il, je viens de me rappeler que j’ai un ami journaliste à Miami. Il pourrait être utile à Joy. Pouvez-vous me donner son adresse ?
— À Miami ? Je ne la connais pas. Elle ne savait pas où elle allait s’installer.
— Mais ne deviez-vous pas lui envoyer une valise ?
— Oui. À la consigne de la gare.
Qwilleran attendit à son bureau la sortie de la première édition. Il voulait voir comment serait présenté son premier reportage. L’article, intitulé Amphigourismes gastrophiles, était placé en haut de la page, sous une photographie de l'auteur moustachu qui paraissait fort content de lui.
— Qui a eu l’idée saugrenue de ce titre ? grommela-t-il en allant voir Arch Riker. On dirait une turbulence gastrique. Quatre-vingt-dix pour cent des lecteurs ne vont pas comprendre de quoi il est question.
— Dites quatre-vingt-dix-huit pour cent, dit Arch. Le patron voulait quelque chose de digne, expliqua Arch. Préférez-vous « Ripaille avec Qwillerail » ? Ce titre m’a traversé l’esprit.
— Si vous estropiez encore mon nom, je vous étrangle.
— Comment s’est passé votre week-end ?
— Pas mal. Pas mal du tout. Les chats m’ont fait une belle frayeur à mon retour, mais tout s’est arrangé.
— Pas de nouvelles de Joy ?
Qwilleran raconta l’explication de Dan à propos de la prétendue carte postale et de l’intention de Joy de se rendre à Miami.
Il retourna à son bureau pour téléphoner à l’École des beaux-arts Penniman. William, qui aurait dû assister à un cours était absent, selon le secrétaire. Le journaliste chercha ensuite le nom de Vitello dans l’annuaire et appela le seul abonné à ce nom. Il s’agissait d’un salon de thé et le propriétaire ne connaissait pas William.
Soufflant dans sa moustache, comme il le faisait quand il était tracassé, Qwilleran traversait le hall lorsqu’une jeune fille qui paraissait attendre lui toucha le bras.
— Êtes-vous Mr Qwilleran ? demanda-t-elle. Je vous ai reconnu d’après votre photo. Je suis une amie de William Vitello. Puis-je vous parler ?
C’était une jeune fille sérieuse, portant des lunettes et des vêtements sans grande élégance. Le genre bohème impécunieux. Elle devait être étudiante aux Beaux-Arts.
— Bien sûr, dit-il, venez par là.
Il la conduisit dans une des cabines où les reporters écoutaient patiemment les pétitionnaires, les agents de publicité et les maniaques reconnus qui envahissaient quotidiennement les bureaux du Fluxion.
— Avez-vous vu William récemment ? demanda-t-il.
— Non et c’est pourquoi je désire vous parler. Nous avions rendez-vous samedi soir, mais il n’est pas venu. Il n’a même pas téléphoné. Dimanche, j’ai appelé Maus Haus et il n’y était pas. Une femme m’a répondu, mais elle n’était pas très cohérente. Aujourd’hui, il n’est pas venu à l’école.
— Avez-vous pris contact avec sa mère ?
— Elle n’a pas de ses nouvelles, depuis qu’il est allé la voir vendredi, avec un cadeau d’anniversaire. Je ne sais pas quoi faire. J’ai pensé à vous parce que William parle beaucoup de vous. À ma place, que feriez-vous ?
— William est impétueux. Il a pu décider de partir en voyage.
— Il ne se serait pas absenté sans me prévenir, Mr Qwilleran. Nous sommes très proches. Nous avons même un compte bancaire commun.
Le journaliste saisit le bras de son fauteuil d’une main et se frotta la moustache de l’autre.
— Discutait-il de la situation à Maus Haus ?
— Oh ! il en parlait tout le temps. Il dit que la maison est pleine de personnages.
— A-t-il mentionné Dan Graham ?
La jeune fille regarda Qwilleran du coin de l’œil.
— Tout ce que vous pourrez me dire restera entre nous, assura-t-il.
— Eh bien, je ne l’ai jamais vraiment pris au sérieux. Il disait qu’il surveillait Mr Graham. Il prétendait qu’il allait dénicher une sale histoire. Je pensais qu’il plaisantait ou qu’il bluffait. Billy aime les romans policiers et ça lui donne des idées souvent saugrenues.
— Savez-vous quel genre d’irrégularité il soupçonnait ? Était-ce du domaine… moral ?
— Vous voulez dire… une histoire de sexe ?
La jeune fille se mordit les lèvres en réfléchissant à cette possibilité.
— Eh bien, peut-être. Mais surtout, je pense qu’il croyait qu’il se passait quelque chose de louche dans la poterie.
— Quand en a-t-il parlé pour la dernière fois ?
— Vendredi soir. Il m’a téléphoné, après avoir dîné avec vous.
— A-t-il mentionné un détail particulier sur la poterie ? Réfléchissez.
— Seulement que… il pensait que Mr Graham allait détruire tout un chargement de céramiques.
— Les détruire ?
— Bill dit qu’il chauffait le four à blanc et que les pots allaient éclater. Il ne comprenait pas pourquoi, parce que Mr Graham est censé bien connaître son métier. Je ne vous aide pas beaucoup, n’est-ce pas ?
— Je vous répondrai plus tard. Attendez encore quarante-huit heures, dit Qwilleran. Si William ne reparaît pas, vous devrez, alors, signaler sa disparition à la police. Ou demander à sa mère de le faire. Vous devriez aussi contrôler votre compte en banque commun pour voir s’il n’a pas fait un retrait important.
— Je le ferai, Mr Qwilleran. Merci beaucoup de vos conseils. Seulement, nous n’avons que dix-huit dollars à notre compte en banque.